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L’Entrepreneur en Transition

Une invitation à suivre sa boussole intérieure
9 novembre 2025 par
L’Entrepreneur en Transition
Flow Solutions, Olivier Wenin
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Rédigé en écoutant le best of de Elbow - Temps de lecture 10 minutes. Posez-vous, mettez un peu de musique, et je vous invite à prendre ce temps pour vous.

Préambule

Mon intention en écrivant ce texte est de vous partager mes sentiments et mes questionnements autour de cette transition dont tout le monde parle, et la manière dont cela peut s’appliquer dans le monde de l’entrepreneuriat. Je côtoie beaucoup de dirigeants de PME florissantes, si l’on se fie à des critères de réussite consensuels. Et je constate par ailleurs la difficulté qu’ont ces entrepreneurs d’entamer cette fameuse transition. Pourquoi ? Comment les toucher ? Comment les mobiliser ? De quelle transition parle-t-on ? Sont-ils à mobiliser ? Peut-on forcer un changement ? Est-ce peine perdue que tout cela ?

Toutes ces questions m’animent depuis plusieurs semaines. J’ai une position assez unique dans mon style, j’ai travaillé dans des grosses entreprises, dans des postes de direction de PME. Je suis à présent au contact d’entreprises industrielles à travers un poste d’animation économique, et je côtoie de plus en plus de personnes en quête de sens, en transition de carrière, avec aussi bien des profils d’indépendants, indépendants complémentaires, employés et dirigeants. Je suis probablement une éponge à tout ce qui traverse tout ce monde. Et je trouve cela intéressant de vous partager mon point de vue, mon ressenti, mon analyse de ces questions.

Je n’ai aucune prétention à détenir les solutions, ou l’unique voie à suivre. Je parle le plus possible en « je » car je ne connais que mon chemin personnel. Mais je constate, car cela m’a aidé à avancer de lire et d’entendre d’autres se questionner et potentiellement éclairer un autre chemin.

Partie I - Et vous, êtes-vous aussi dans le brouillard ?


C’était il y a 6 mois. Petit à petit, sans savoir encore très bien pour quelle raison, le brouillard d’insouciance dans lequel je me trouvais a commencé à se dissiper. Je me souviens de ce que cela a provoqué intérieurement en moi : une prise de conscience progressive d’un monde de plus en plus complexe, volatile, et incertain. Ce contexte d’incertitude et de crises à répétition se mêlait à la prise de conscience du mur vertigineux vers lequel nous nous dirigeons à pleine vitesse. Comme si tout le monde fonçait à 200 km/h sur l’autoroute, dans le noir, sans phare, et sans frein. Nous nous regardons tous en souriant, en essayant de se convaincre que l’on s’arrête quand on le veut. Vous souvenez vous de ces moments dans votre vie ou vous êtes en groupe, et que vous sentez que quelque chose cloche, qu’un danger arrive. Mais l’effet de groupe fait que nous n’osez pas en parler, ou que le groupe a vite fait de se moquer de vous et de vous amener à vous taire. C’est ce sentiment que je commençais à ressentir.

Le brouillard qui se dissipe me laisse maintenant découvrir que je suis face à un précipice. Un sentiment de vertige me prend au ventre. Que puis-je faire ? Comment puis-je faire face à l’immensité de l’enjeu ? Est-ce à moi de porter cela ?

Je me rends compte d’un paradoxe quasiment insolvable : le monde tel qu’il est ne peut continuer à fonctionner de la sorte (surconsommation des ressources, accroissement des inégalités, destruction de l’écosystème…), et par ailleurs le monde est tellement grand et interconnecté que cela crée en moi un sentiment de découragement immense face à la complexité du changement systémique à mettre en œuvre. Je me sens petit, inutile


Et lorsque je m’emploie à trouver des solutions concrètes à mon échelle, se rajoute la difficulté de n’avoir aucune idée de ce à quoi ce monde devrait ressembler pour que tout aille mieux : quel modèle économique, financier, logistique, … ? Tout ce qu’on nous a appris contribue à entretenir un modèle devenu obsolète et voué à l’échec. J’ai toujours été un bon élève, j’ai toujours développé de bonnes aptitudes à reproduire ce qui fonctionne. Suis-je en quelque sorte un bon mouton un peu banal ? Pour la première fois de ma vie je suis face au vide, face à l’angoisse de la page blanche. Je n’ai jamais su créer de rien ? Comment puis-je faire ? Nous avons appris à nous tourner vers nos professeurs, nos mentors, nos experts pour nous inspirer et nous montrer la voie. Nous avons appris à nous tourner vers l’état providence et protecteur en période de crise. Je constate, désenchanté, que les modèles explosent, que les figures paternelles ou maternelles mènent à l’impasse. Tout me pousse à une forme d’autonomisation nécessaire. Je me retrouve de nouveau face à mon précipice personnel. Me vient alors l’image de cet épisode d’Indiana Jones (la dernière croisade) qui, face au vide, se lance à mettre un pied en avant dans le précipice. Alors qu’il pense tomber, apparait un chemin de pierre qui était jusqu’alors invisible. 



Est-ce cela que je dois faire ?

Transition ? Quelle transition ?

Par ailleurs les penseurs, les chercheurs, les experts, les politiques nous parlent de transition nécessaire. Celle dont nous entendons le plus parler est la transition concernant la réduction d’émission des gaz à effet de serre. Elle constitue une urgence pour la sauvegarde de la biodiversité, et de l’humanité. Les données scientifiques l’attestent.

En parallèle de cela, la marche du monde continue avec comme exemple principal le développement exponentiel de la digitalisation, de la robotique, de l’IA, … Les personnes continuent d’avoir besoin d’argent pour se nourrir, pour se loger, pour se chauffer, pour pratiquer quelques loisirs, … tout le système s’auto-entretient pour aliéner le peuple à la surconsommation. Il est scientifiquement prouvé que plus la perte de sens est grande, plus notre cerveau reptilien cherche du réconfort et du contrôle dans la surconsommation (matérielle, sexe, drogue, alcool, …), et dans le culte de l’égo (gonflette, belle voiture, belle carrière, …). A ce titre je renvoie vers l’excellent livre « Où est le sens ? » de S. Bohler. « Notre maison brûle mais nous regardons ailleurs » disait Jacques Chirac. 

             


Nous sommes un peu comme à la période de l’adolescence de l’humanité. Nous usons et abusons de nos beaux jouets, nous dopons notre ego, et nous refusons de nous regarder dans la glace et de nous autonomiser individuellement.

Nos parents (les instances) nous disent également que l’on doit changer, que l’on doit se comporter mieux, que l’on doit entamer une transition de vie pour devenir adulte. Alors qu’eux-mêmes ne montrent pas l’exemple. Alors qu’eux-mêmes montrent dans leurs actes le contraire de leurs paroles. Avez-vous déjà pu forcer un changement, une transition chez vos enfants ? Est-ce que les méthodes toutes faites qui viennent des livres fonctionnent en général lorsqu’il s’agit d’innover, et de transformer ? La mécanisation du 20ème siècle a tout standardisé. Et ici nous avons besoin de faire fleurir de nouvelles idées qui ne reposent plus ce qu’on nous a appris. Est-ce que cela signifie qu’il faut tout jeter, ou critiquer ? Non je pense qu’il est nécessaire d’intégrer, et de faire son propre avis, sa propre vision d’un monde avec de nouvelles valeurs. Je n’aime plus parler d’un « nouveau monde », car il est tel qu’il est, ni bon, ni mauvais. On y voit uniquement le reflet de qui nous sommes à l’intérieur de nous-même. Qui peut aujourd’hui dire qu’un monde avec plus de digital ou moins de digital est à coup sûr meilleur ? Qui peut dire qu’un monde avec plus ou moins d’éolienne est à coup sûr meilleur ? Tout dépend par qui il est administré, ou à quelles fins ?

Le grand bal masqué

Une expression de Churchill me revient alors « If you put Shit in, you will get shit out “. 

Si les intentions de celles et ceux qui conçoivent le monde ne sont pas justes, les réalisations émanant de leurs projets ne seront pas justes. Je crois au fait que le monde extérieur est le reflet de notre monde intérieur. Pourquoi en général n’osons nous pas créer un monde dans lequel nous agissons de manière plus fraternelle, plus solidaire, plus sobre, avec plus d’amour ? Parce que nous mettons des masques en présence des autres, nous n’osons pas être/incarner cela dans le monde « professionnel », dans le monde de nos réalisations concrètes. Dans ce monde, il est attendu de nous de nous conformer, en échange d’argent pour pouvoir (sur)vivre. De manière inconsciente, nous reconnaissons ce monde comme étant constitué de dominants (ceux qui ont l’énergie argent) et de soumis (ceux qui en ont besoin). Pour pouvoir survivre, nous avons besoin de nous conformer à leurs attentes. Nous enfilons alors nos masques du grand bal masqué du conformisme. J’ai pris conscience que dans ce jeu de « triangle dramatique » (triangle de Karpman), les deux protagonistes sont autant responsables l’un que l’autre : pas de victime sans dominant, et pas de dominant sans victime. L’enjeu consiste à prendre conscience de ce qui se trame, et de se positionner en « adulte » : exprimer ses besoins, oser s’affirmer, oser l’authenticité. Pourquoi ne le faisons-nous pas plus ? Car nous avons simplement des peurs inconscientes enfouies depuis l’enfance : peur du rejet, de l’abandon, de l’humiliation, de l’injustice, …



Ces peurs nous jouent des tours, guidées par notre ego. Celui-ci construit une multitude de stratagème innovants pour ne plus avoir à revivre ces blessures du passé. La conséquence à cela est que nous n’exprimons que très rarement au monde qui nous sommes réellement. Exprimer qui je suis, me mettre « à nu », c’est m’exposer à de possibles souffrance. C’est m’exposer à être rejeté (ex : par ma famille qui attend des choses de moi), à être abandonné (ex : par mes amis), à être humilié (je me sens imposteur, suis-je légitime ? on va se foutre de moi), à ressentir de l’injustice, à être trahi (ex : on va me piquer ma place). Que l’on soit directeur, employé, indépendant, actionnaire, … nous sommes tous concernés par cela.

La plupart d’entre nous se disent alors « contentons-nous de cela dans le milieu professionnel, et nous serons plus « nous-même » à la maison, ou lors de nos loisirs ». Cela reste à voir… Nous avons construit plusieurs identités : le moi au travail, le moi à la maison, le moi dans une association, … ce moi étant toujours piloté par notre ego.

(Je vous conseille le livre de Lise Bourbeau, les 5 blessures de l'âme)



Le désalignement comme indicateur

À la suite de nombreuses recherches et introspection sur ce thème, j’ai intégré l’intuition qu’une vague vibratoire « fait pression » sur nous, et amène de plus en plus de personnes à ressentir un décalage intérieur entre ces MOI « de vitrine », et le véritable moi intérieur, bien souvent enfui et partiellement conscientisé. Bien souvent, lorsque j’interroge les Entredonneurs, ils ne savent pas m’expliquer d’où cette prise de conscience intérieure vient. C’est comme si elle s’était imposée à eux, et qu’elle se manifeste à travers la sensation d’un besoin de rechercher du sens. Ce désalignement intérieur devient de plus en plus (op)pressant, et peut aussi se manifester extérieurement par toute une série de mal-être physique (le « mal a dit ») ou émotionnels (burn-out/bore-out) si on n’y prête pas attention. La société nous attend entre autres sur nos compétences de CV, alors que ce qui pousse en nous, c’est l’émergence de nos talents de cœur, l’expression de son soi véritable. Comme décrit ci-dessus, nous ne nous y autorisons pas, et nous en avons d’ailleurs en général assez peu de connaissance (car zone inconnue). Nous pouvons nous y sentir même illégitimes/imposteurs. Ce fameux sentiment d’imposture est assez incroyable quand on s’y penche. Nous sommes les premiers à ne pas avoir confiance en cette part lumineuse de nous-même, alors que c’est là que se situe notre pleine puissance souveraine.



Partie II - Ce qu’est pour moi la véritable transition

Si je fais un bref résumé avant d’entamer la suite du développement :

Je suis parti d’une prise de conscience de la complexité du monde, du sentiment de vertige par rapport à la tâche à accomplir, du vide face à moi lié au manque de modèle à suivre. Il y a dans le même temps une mobilisation intérieure qui nait en moi, mais qui me confronte au fait de devoir inventer mes propres solutions à mon échelle puisque personne ne sait quoi faire. Quels peuvent être ces pas ? Faire du « Shit in, shit out » ? Créer un projet entrepreneurial « as usual » ?

Cela m’amène à sentir naitre un besoin nouveau d’expression de mon véritable moi. C’est plus fort que moi, cela « pousse » de l’intérieur. Mais cela fait peur : peur d’être exclu, de se retrouver en marge, d’être trahi, humilié… Surtout que je suis à l’aube de découvrir ce que sont ces talents de cœur. Dois-je prendre ce risque ? La peur est en général mauvaise conseillère, mon égo me piège.

Prendre conscience de ces peurs en soi, c’est déjà ne plus y être totalement. C’est déjà avancer. C’est cela pour moi ce que peut être la véritable transition. Ce mot est devenu galvaudé, utilisé à toutes les sauces, green-washé, récupéré par le système. Il sonne un peu creux pour moi aujourd’hui. Bien plus que de me focaliser sur une transition qui serait extérieure à moi (énergétique par exemple), et sur laquelle je n’ai aucune prise, je préfère me focaliser sur ma mise en chemin, sur ma mise en mouvement. Cette mobilisation intérieure est motivée par la prise de conscience progressive de ma raison d’être sur cette planète : Pour-quoi suis-je là, si ce n’est pour pleinement exprimer qui je suis à travers mes « talents de cœur » ?  

Dès lors que l’on se penche sur la recherche de sa véritable raison d’être, et sur ses talents de cœur, j’ai pu constater qu’émerge des idées et des projets complètement innovants, d’un autre ordre. J’aime à dire des projets bons pour soi et pour le monde.

La transition, un rêve utopiste pour les dirigeants d’entreprise ?

Est-ce que vos projets entrepreneuriaux actuels émergent de cela ? Sont-ils alignés avec cette manière de voir le monde ?

Je me rends compte en côtoyant un certain nombre de dirigeants d’entreprise qu’ils ont la capacité d’être de fabuleux vecteurs de transition étant donné le nombre de personne qu’ils emploient, le nombre de parties prenantes qui les entoure, leur fabuleux leadership naturel. Mais de quel type de transition leur parle-t-on, chacun évoluant dans des domaines complètement différents, avec des contraintes complètement diverses ? Les règles des uns ne pourraient s’appliquer aux autres. A toute force s’applique une force opposée. Forcer les changements pourrait provoquer le contraire de ce qui est souhaité.

J’ai l’impression de tenir avec mes propos une sorte de dénominateur commun universel. Si je pars du postulat que « shit in amène shit out », comment les aider à adapter le « shit in » ?  Les entrepreneurs vivent et encaissent beaucoup de pression du monde extérieur. Ils s’infligent aussi une très grande pression : survivre, nourrir sa famille, payer les employés, satisfaire les actionnaires, croitre (est-ce encore possible dans un monde au ressource finie ?), tout cela dans un monde où les crises successives vont s’accélérer.

Comment peuvent-ils vraiment réaliser une transition, sans savoir laquelle sera la bonne (brouillard complet), quel est le modèle à suivre (il n’y a plus de modèle), en ayant la peur naturelle du changement (changer ce qui a toujours fonctionner = potentiellement mourir), et en ayant peur de manquer d’argent (peur du manque ressentie chez la plupart des entrepreneurs) ?

Evidemment, il existe des outils de transition dans différents domaines : diagnostics divers, ateliers d’innovation, investir dans le digital et l’automatisation, faire de l’amélioration continue, faire de l’écoconception, faire de l’économie de la fonctionnalité, … Toutes ces choses restent pour moi des outils intéressants à utiliser, mais je dirais dans un second temps, ou en parallèle d’une autre démarche plus primordiale. 

Une démarche primordiale préalable à toute transition

Cette démarche préalable consiste selon moi à transformer sa posture intérieure. A revenir d’abord à Soi. A passer de l’oubli de Soi au respect de Soi. A passer de la culture des masques à la culture de l’authenticité. A passer de la posture du « tout action », à la posture d’équilibre de l’être et du faire.

Quel monde souhaite-t-on voir se réaliser en tant qu’entrepreneur ? L’est-on déjà pour et avec soi-même ? Je souhaite par exemple voir un monde plus à l’écoute des personnes dans le besoin. Le suis-je déjà envers moi-même ? Je souhaite un monde avec plus de synergie et de collaborations. Le suis-je envers moi et les autres ?

L’être d’abord pour soi, l’incarner ensuite au sein de son organisation, et le rayonner autour de soi.

La transition dont tout le monde parle serait pour moi d’aider d’abord le dirigeant à se mettre en route, à son rythme, à son écoute, là où il est. Si on voit cette transition plutôt comme un chemin, comme un parcours, qui n’a pas encore d’objectif très clairement établi, comme un élan d’aller vers un cap, cela soulagerait d’un poids et inciterait naturellement au lâcher-prise.

 

Partie III - Le rayonnement d’un dirigeant en chemin

Devenir un entrepreneur de la transition

Le dirigeant est l’énergie mobilisatrice principale autour de qui le voyage en bateau s’organise. Je crois énormément à la force vibratoire du rayonnement d’une personne. Si le dirigeant vibre autrement, plus authentiquement, en retirant progressivement les épluchures de l’oignon, le navire complet se transformera de manière plus durable et plus puissante.



Cela nécessite selon moi d’apprendre à quitter son mental, à quitter ce que l’on a appris, de vider son vase et permettre ainsi de le remplir d’autres choses. Cela se fait au rythme de chaque humain, il n’y a rien qui presse. Laissons le temps au temps. En cela je retombe sur l’adage « ce n’est pas parce que l’on tire sur une fleur qu’elle poussera plus vite ». En gestion de projet on dirait que plus on prend le temps de mieux définir un projet, le plus fluide il se déroulera. Mais qui respecte réellement cela dans notre monde actuel ? Surtout lorsque l’on est entrepreneur et que le code actuel de la réussite passe par les licornes et par les retours sur investissement en 2 ans.

Il n’y a pas de méthode magique toute faite autour du chemin que je propose. Je peux juste dire par rapport à mon vécu et de ce que j’observe qu’il y a le besoin de ne pas se sentir seul, de pouvoir échanger, de partager et d’écouter les chemins parcourus les uns et les autresIl y a probablement une forme de process commun à tous, qui est celui de passer dans un « U intérieur » qui s’accompagne toujours d’une forme de lâcher prise. Le besoin de soutien et d’échange se fait alors encore ressentir. Le travail du lâcher prise du mental est ainsi une étape importante, qui peut être aidée par de la méditation, de la marche consciente en forêt, la pratique d’un art, … seul et collectivement. La pratique de l’écoute du corps me semble aussi importante, avec des outils tels que le shiatsu, le yoga, les étirements, la danse, …  

L’intention générale en prenant conscience de cela, et en se mettant sur un tel chemin, est d’ouvrir son champ de potentialité sur des manières d’être et de faire que l’entrepreneur n’avait pas encore exploré auparavant. Il s’ouvre alors plus à son intuition, à des synchronicités, à des opportunités qu’il ne voyait pas, à des pièges qu’il évite mieux, …

Il s’ouvre à d’autres formes de valeurs en entreprise que le seul dieu argent. Il permet à son organisation de vibrer autrement, et d’attirer des personnes plus adaptées au nouveau projet. Il permet à son organisation de rayonner un changement plus juste et plus adapté. Il permet à ses collaborateurs d’exprimer leur talent de cœur, celui par lequel les meilleures innovations émergent. Comment tout cela pourrait-il se faire si le capitaine du navire ne l’incarne pas lui-même ? Une forme de sérénité et de sagesse émanera d’elle, de lui. Et à son tour il créera l’environnement adéquat pour que d’autres puissent traverser le pont.

Je crois également au fait que le capitaine sera confronté au vide, au fait de ne pas savoir où il va exactement, au fait de ne pas toujours savoir les formes que cela va prendre. Et c’est ok, c’est tout naturel d’avoir peur de cela. En devenant plus authentique, en assumant ses failles et ses vulnérabilités, il sera confronté aux peurs dont je parlais précédemment. Et c’est en l’assumant qu’il ouvrira la possibilité à ses collaborateurs de les assumer également (chacun restant autonome et responsable par rapport à ce parcours apprenant). Il apprendra à regarder autant le chemin parcouru que les étapes atteintes. Il apprendra à développer une posture et un regard plus méta sur lui, sur ses comportements. Les collaborateurs s’autoriseront aussi un regard méta sur leurs actions, leurs projets, leurs expérimentations. Des moments d’introspection collectifs pourront être organisés afin de ressentir si le chemin pris est toujours juste et si d’autres sont à explorer. Plus dans la conscience de l’instant. L’évolution de l’organisation sera plus organique, probablement plus fluide, et plus agile face aux forts vents extérieurs. L’organisation ne sera limitée en définitive que par les champs ouverts par son dirigeant (et ses pathologies également). 

Comment mettre cela en œuvre en tant qu’entrepreneur ?

Ce qui me vient naturellement, c’est de penser en termes de ET et non pas de OU. Tout est juste tant que cela est fait plus en conscience. L’intention, c’est selon moi de se mettre en chemin, de manière plus consciente de ce chemin, et d’expérimenter d’autres possibles. Comme si on augmentait sa palette de potentialité. Ce n’est, je pense, qu’en expérimentant que l’on apprend à mieux se connaitre. Cela peut être conçu et expérimenté avec des personnes qui ont vécu ce genre de chemin, comme une transmission initiatique.

Je suis pour l’instant inspiré par des éléments de la vie de Pablo Picasso. Je vous invite à aller voir ce qu’il peignait à l’âge de 15 ans. Il maitrisait l’art du dessin et de la peinture classique. Or, alors qu’il avait atteint un niveau de technicité incroyable, il a tout balayé pour complètement innover et révolutionner son art.

Il disait à ce propos « Oui, il faut posséder la technique, mais à condition d’en avoir tellement qu’elle cesse complètement d’exister. Elle disparait. A ce moment-là, oui c’est important de l’avoir. Parce qu’elle fait tout ce qu’elle a à faire et toi tu n’as qu’à t’occuper de ce que tu cherches ». Ce qu’il exprime ici, c’est une forme de lâcher-prise sur ses « compétences de CV » ou sur ce qu’il avait appris dans les écoles d’art. Vous êtes invité à explorer cela également.

Il est reconnu comme un artiste qui questionne, qui ouvre l’esprit, et il a réussi à toucher les âmes d’un grand nombre de personne. Ce dont nous parlons ici touche à une forme d’innovation, de révolution de ce qui a toujours été fait.

Il disait « Je ne cherche pas, je trouve ». Cela pourrait être interprété de trois manières. 

Le premier sens se trouve dans l’affirmation d’un agir. Trouver est ici le contraire de gérer. Trouver, c’est « faire ». Alors que la recherche reste un acte impalpable, en attente de réalisation ; « la trouvaille », le fait de « trouver » se constitue d’emblée en acte.

Le second sens est dans l’affirmation d’un « être ensemble » ; quand on « trouve », c’est qu’on rencontre, c’est qu’on contacte, c’est qu’on rentre en collision, c’est qu’il y a de la relation. Ceux qui cherchent semblent toujours loin, ils s’en font parfois un dogme, une volonté, comme dans la recherche scientifique classique (qui n’est pas le seul modèle). Quand on cherche, c’est qu’on est ailleurs, c’est qu’on affirme son éloignement, et une hypothétique indépendance.

Le troisième et dernier sens est dans la reconnaissance du poids de l’incertitude et de son potentiel créatif.  Si « je ne cherche pas, je trouve », cela veut aussi dire que je fais avec ce que j’ai trouvé ; cela implique que je ne détermine pas ce qui arrive, que je ne choisis pas non plus ceux qui arrivent, et que j’accepte aussi ce (ou ceux) que je n’attendais pas. Trouver veut alors dire, investir la réalité dans sa globalité, sa complexité, son incertitude. Trouver signifie ici tenir, construire bâtir, non pas à partir d’un idéal (l’hypothétique inspiration de l’artiste) mais à partir de ce qui est vraiment

Paulo Coelho disait aussi : « Tu n’as pas toujours besoin d’un plan. Parfois, tu as besoin des respirer, de te calmer, de regarder autour de toi, et d’improviser. Parce que comme tu le sais, tu ne peux pas contrôler le futur… »

 


Conclusions

Ce que j’ai voulu exprimer vis-à-vis des personnes qui s’interrogent sur la transition c’est qu’à mon sens, elle est à voir comme une mise en chemin, douce, naturelle, chacun à son rythme. Personne ne sait où aller extérieurement, alors allons explorer intérieurement d’abord car c’est le seul endroit que l’on peut éventuellement contrôler. Continuez à faire ce qui vous semble juste, avec comme boussole intérieure de suivre au mieux l’élan de ce qui vous met en joie. Je crois aussi au fait que de participer à un collectif comme OpenFlow, composé de personnes qui explorent une même voie que vous, est enrichissant, et permet d’accélérer éventuellement le mouvement (par l’effet de miroir). Il n’existe plus de méthodes ou d’outils « tout fait », cela se construit ensemble en étant attentif à suivre son intuition du moment.

 

L’Entrepreneur en Transition
Flow Solutions, Olivier Wenin 9 novembre 2025
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