PARTIE 1 - Ce qui vous horripile est un miroir
Ou comment reprendre son pouvoir au lieu d’accuser les autres
Est-ce que cela vous arrive d’être intérieurement irrité par quelqu’un ?
Un dirigeant trop sûr de lui.
Un collègue très compétitif.
Quelqu’un qui parle fort, qui prend toute la place.
Une personne qui pense d’abord à elle.
Extérieurement, vous restez correct.
Intérieurement, ça monte.
Et spontanément, nous pensons :
“Le problème, c’est lui.”
Mais si l’on regarde de plus près, quelque chose de plus subtil se joue.
Le mécanisme invisible : la projection
En psychologie, la projection consiste à attribuer à l’extérieur quelque chose qui nous appartient intérieurement.
Autrement dit :
Ce que je ne veux pas voir en moi, je le combats chez l’autre.
Je vois chez lui un “défaut” que j’ai classé comme inacceptable.
Souvent à cause de mon éducation, de ma culture, de mes croyances.
Et comme je l’ai rangé dans la case “ça, ce n’est pas moi”,
je l’ai refoulé.
Mais refoulé ne veut pas dire disparu.
Exemple 1 : l’arrogance
Je rencontre quelqu’un que je trouve arrogant.
Il parle avec assurance.
Il affirme ses idées sans hésiter.
Il semble sûr de lui.
Je me dis :
“Quel manque d’humilité.”
Mais si je m’arrête…
Peut-être ai-je appris que se mettre en avant était mal.
Peut-être que j’ai associé affirmation de soi et prétention.
Alors j’ai refoulé cette énergie.
Je me suis construit comme quelqu’un de modeste.
Pourtant, dans sa version modérée, ce que j’appelle arrogance peut ressembler à :
- plus de confiance en moi,
- oser dire ce que je pense,
- oser défendre ma vision,
- prendre ma place sans culpabilité.
En rejetant l’arrogance, je me prive peut-être inconsciemment d’une affirmation saine.
Et ce qui est intéressant : d’autres personnes peuvent ne pas voir d’arrogance du tout.
Elles peuvent voir du charisme.
La perception est personnelle.
Exemple 2 : l’individualisme
Quelqu’un pose ses limites.
Il défend ses intérêts.
Je me dis :
“Quel égoïsme.”
Mais peut-être que j’ai appris à toujours faire passer les autres avant moi.
Peut-être que je me valorise en étant disponible, au service.
Dans sa version extrême, l’individualisme peut blesser.
Mais dans sa version modérée, il ressemble à :
- savoir dire non,
- préserver son énergie,
- ne pas toujours se sacrifier,
- se choisir parfois.
En le jugeant, je me refuse peut-être d’activer cette capacité.
Exemple 3 : la compétition
Quelqu’un parle performance, ambition, résultats.
Je me crispe.
Je me dis :
“Tout n’est pas compétition.”
Mais peut-être que derrière mon rejet, il y a :
- une peur de perdre,
- une peur d’être jugé,
- une peur de découvrir mes limites.
Alors je classe la compétition comme “mauvaise”.
Pourtant, dans sa version modérée, elle contient :
- le dépassement de soi,
- l’engagement,
- le goût du défi.
En la rejetant totalement, je me coupe peut-être d’une énergie de croissance.
Ce qui se joue réellement
Le schéma est toujours le même :
- Je vois chez l’autre un défaut que je juge inacceptable.
- Ce défaut correspond à une part de moi que j’ai refoulée.
- Comme je l’ai classée “mauvaise”, je n’ose pas l’activer, même modérément.
- Je deviens un radar ultra-sensible à cette énergie chez les autres.
L’autre ne crée pas mon émotion.
Il appuie sur un bouton déjà présent.
La bascule
Cela ne dédouane pas l’autre.
Mais je n’ai aucun pouvoir sur lui.
J’ai du pouvoir sur ma réaction.
Chaque défaut contient une qualité mal intégrée :
- L’arrogance contient la confiance.
- L’individualisme contient la capacité à se choisir.
- La compétition contient le dépassement de soi.
L’invitation n’est pas d’aller dans l’extrême.
L’invitation est d’explorer la version modérée.
Oser un peu plus s’affirmer.
Oser un peu plus poser des limites.
Oser un peu plus assumer ses ambitions.
Souvent, lorsque nous réintégrons cette énergie, notre irritation diminue.
Parce que nous ne combattons plus chez l’autre ce que nous refusons d’être.
Mais ce n’est qu’une première porte
Nous projetons sur les autres.
Mais nous projetons aussi sur des choses.
Et parfois, ces projections dirigent nos décisions bien plus que nous l’imaginons.
👉 Dans le second article, j’explore comment ce sur quoi nous projetons — l’argent, nos enfants, notre entreprise — influence silencieusement nos choix.
SÉRIE — Reprendre son pouvoir face à ses projections invisibles (partie 1)