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Pedro Correa - De quelle transition parlons-nous ?

Retour sur sa conférence du 29 septembre 2026
5 octobre 2026 par
Flow Solutions, Olivier Wenin
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Pour ceux qui n’étaient pas là, j’avais envie de vous partager ce que je retiens de la conférence de Pedro Correa.

Pas uniquement quelques idées ou quelques phrases fortes, mais plutôt le chemin qu’il nous a proposé de parcourir. Parce que ce que j’ai aimé dans son intervention, c’est la manière dont il construit progressivement son raisonnement.

Pedro part brièvement de sa propre histoire.

À 29 ans, la mort accidentelle de son père provoque chez lui une profonde remise en question. Ingénieur, docteur en sciences appliquées, engagé dans une carrière en grande entreprise, il commence à questionner une partie de l’héritage reçu : réussir, accumuler les diplômes, construire sa carrière, se protéger face à un monde incertain.

Il réalise progressivement qu’au milieu de tout cela, quelque chose avait été oublié : la joie.

Quelques années plus tard, en 2019, il partage cette réflexion devant de jeunes ingénieurs diplômés de l’UCLouvain. Son discours devient viral et il reçoit des milliers de témoignages de personnes lui disant en substance : « Vous avez mis des mots sur ce que je vis. »

Cela l’amène à une intuition : si une expérience aussi personnelle résonne auprès de tellement de personnes, c’est peut-être qu’elle raconte quelque chose de beaucoup plus collectif.

Et c’est là que commence véritablement sa réflexion.

Au fond, c’est quoi une transition ?

On utilise ce mot partout.

Transition écologique, économique, managériale, sociétale…

Mais Pedro part d’un constat très simple : une transition, en soi, ça ne veut pas dire grand-chose.

C’est simplement le passage entre deux états.

Donc si nous affirmons que nous sommes en transition, encore faut-il pouvoir répondre à deux questions :

De quoi sommes-nous en train de sortir ? Et : Vers quoi sommes-nous en train d’aller ?

Sans cela, nous sommes simplement quelque part entre deux mondes, sans vraiment comprendre ce qui nous arrive.

Or aujourd’hui, beaucoup de nos repères bougent en même temps. Burn-out, problèmes de santé mentale, désengagement au travail, difficultés d’attractivité de certains métiers, décrochages…

On pourrait regarder tous ces symptômes et conclure que notre société est en train de s’effondrer.

Pedro propose une autre lecture.

Et si certaines valeurs ne disparaissaient pas, mais étaient remplacées par d’autres ?

Il prend l’exemple de la valeur travail.

On entend régulièrement que les jeunes ne veulent plus travailler ou qu’ils ont perdu la valeur travail.

Mais ces mêmes jeunes demandent davantage de sens. Ils veulent savoir pourquoi ils travaillent, pour qui et avec quel impact.

Peut-être ne sommes-nous donc pas simplement en train de perdre des valeurs.

Peut-être que certaines valeurs s’effondrent pendant que d’autres émergent.

Et cela change le regard que l’on peut porter sur notre époque.

Ce n’est plus nécessairement un effondrement.

C’est peut-être réellement une transition.

Reste alors à comprendre entre quoi et quoi.

Le point A : une réussite extraordinaire

Pedro commence par reconnaître quelque chose que l’on oublie parfois dans les discours sur la transition.

Notre modèle a incroyablement réussi.

En quelques siècles, nous avons réalisé des progrès extraordinaires dans les sciences, la technologie, le confort matériel et la santé physique.

Et pour réaliser cela aussi rapidement, nous avons énormément investi : notre intelligence, notre temps, notre argent, nos ressources, notre énergie.

Nous sommes devenus extrêmement performants dans tout ce qui concerne la matière.

Et c’était parfaitement logique.

Pedro l’illustre avec l’image d’un poêle à bois.

Aujourd’hui, un excellent poêle nous laisse probablement assez indifférents.

Il y a trois siècles, dans une maison froide et humide, ce même poêle aurait profondément changé la vie d’une famille.

Il aurait apporté du confort, de la santé, de la sécurité… mais aussi de la joie.

Nous avons donc progressivement construit une équation qui fonctionnait très bien :

plus de progrès matériel = une vie meilleure.

Le problème est peut-être que nous avons continué à appliquer cette équation alors que nos besoins avaient évolué.

Nous avons peut-être confondu les moyens et la finalité

Pedro pose alors une question toute simple :

Si vous ne pouviez garder qu’une seule priorité pour votre existence, laquelle serait-elle ?

Au fond, nous voulons avoir vécu une vie heureuse et avoir contribué à créer les conditions permettant aux personnes que nous aimons de l’être également.

Et là apparaît un paradoxe.

Nous n’avons jamais été aussi performants matériellement.

Et pourtant, nous sommes confrontés à des crises de sens, des problèmes de santé mentale, du désengagement, des burn-out…

Il manque donc quelque chose dans l’équation.

Nous sommes aussi des êtres immatériels

Notre civilisation s’est développée autour de ce que nous savons particulièrement bien appréhender : ce qui est tangible, mesurable et quantifiable.

Mais une grande partie de ce qui donne de la valeur à notre existence ne l’est pas.

Une relation.

Une émotion.

Le sentiment d’être aimé.

Le sentiment d’appartenir à quelque chose.

Le fait de se sentir utile.

Le sens.

La joie.

Pedro parle alors de besoins fondamentaux immatériels.

Il en retient principalement quatre :

l’amour et le soin,

le lien aux autres,

le lien au vivant,

le sens, ou le sentiment d’avoir un impact positif.

Et il y ajoute les émotions comme boussole.

De la même manière que la faim ou la douleur nous renseignent sur nos besoins physiques, nos émotions peuvent nous renseigner sur quelque chose qui n’est plus suffisamment nourri dans notre vie.

Cela vaut évidemment aussi pour les organisations.

Nous avons construit des entreprises très performantes pour mesurer, planifier, contrôler et optimiser.

Tout cela reste nécessaire.

Mais si nous ne prenons en considération que ce qui est mesurable, nous risquons de passer à côté de ce qui fait qu’une personne a envie de s’engager, de coopérer, de créer ou simplement de rester dans une organisation.

Alors, vers quoi allons-nous ?

Le point B de Pedro n’est donc pas un monde débarrassé de la matière.

Il ne s’agit pas de renoncer aux sciences, à la technologie, au confort ou à la performance.

Il s’agit de retrouver un équilibre entre nos besoins matériels et nos besoins immatériels.

Remettre à côté de la performance : le sens.

À côté de l’efficacité : la relation.

À côté de la santé physique : la santé mentale.

À côté de notre capacité à maîtriser la matière : notre relation au vivant.

Mais si ce point B paraît souhaitable, pourquoi est-ce si difficile d’y aller ?

Parce qu’entre les deux, il y a un deuil

C’est probablement l’une des idées que je retiens le plus de la conférence.

Pedro fait le parallèle avec les étapes du deuil qu’il a lui-même traversées : sidération, déni, colère, négociation, tristesse, puis acceptation.

Et si une partie de ce que nous vivons collectivement ressemblait justement à cela ?

Nous sentons que quelque chose doit changer, mais nous restons profondément attachés au monde que nous avons construit.

Et c’est assez logique : ce monde nous a aussi énormément apporté.

Nous oscillons donc entre le déni, la colère, la négociation, parfois le découragement…

Jusqu’à l’acceptation.

Et c’est là que le regard de Pedro devient particulièrement intéressant.

L’acceptation n’est pas la résignation. C’est le moment où l’on retrouve notre capacité d’agir.

On arrête progressivement d’essayer de sauver à tout prix ce qui était pour commencer à construire ce qui pourrait être.

Nous ne sommes donc peut-être plus seulement « en transition »

C’est d’ailleurs pour cela que Pedro trouve le mot transition presque trop faible.

Il donne l’impression que nous flottons entre deux mondes.

Or partout, des personnes expérimentent déjà autre chose : de nouvelles manières d’entreprendre, de manager, de coopérer et d’habiter le monde.

Pedro les appelle les nouveaux pionniers.

Cela ne concerne d’ailleurs pas uniquement quelques coopératives, entreprises sociales ou convaincus.

Les entreprises traditionnelles sont elles aussi poussées à évoluer. Elles sont prises entre des pressions extérieures — ressources, climat, économie… — et des pressions intérieures — engagement, santé mentale, attractivité, recherche de sens…

Tout le monde n’avance évidemment pas au même rythme.

Pedro utilise à ce sujet une dernière image que j’aime beaucoup : celle de la spirale.

Nous avons parfois l’impression de tourner en rond, d’avancer puis de reculer.

Mais peut-être repassons-nous par les mêmes tensions avec, progressivement, un niveau de conscience et de sensibilité différent.

Cela ne veut pas dire que le monde va bien.

Mais cela peut vouloir dire que certaines choses que nous acceptions hier deviennent progressivement inacceptables.

Et cela aussi peut être le signe d’une évolution.

Et forcément, tout cela résonne avec OpenFlow

En écoutant Pedro, je me suis rendu compte à quel point beaucoup de choses que nous essayons d’expérimenter dans OpenFlow trouvent naturellement leur place dans ce mouvement.

OpenFlow n’est évidemment pas « la réponse ».

Et heureusement.

Nous cherchons, nous expérimentons, nous nous trompons parfois, nous apprenons.

Mais nous essayons déjà de remettre au centre plusieurs choses dont Pedro nous dit qu’elles deviennent essentielles.

Le lien, d’abord.

Pas simplement faire du réseau. Créer de vraies relations d’entraide et de solidarité entre Entredonneurs. Pouvoir donner, demander, partager et se sentir entouré.

Le sens et la conscience, ensuite.

Prendre le temps de questionner ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons, ce qui nous anime réellement. Sortir parfois du pilote automatique, regarder nos angles morts, confronter nos certitudes et écouter davantage ce qui se passe en nous et autour de nous.

Le “nous”, aussi.

Parce que je suis de plus en plus convaincu que nous ne traverserons pas les transformations actuelles uniquement par une somme de réponses individuelles.

Nous avons besoin de collectifs capables d’entraide, de coopération, de diversité de regards et de solidarité.

Et puis l’expérimentation.

Nous ne savons pas exactement à quoi ressemblera le monde vers lequel nous allons.

Alors plutôt que d’attendre d’avoir toutes les réponses, nous pouvons essayer, apprendre les uns des autres, partager ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

C’est peut-être là que l’image des nouveaux pionniers me parle le plus.

Parce que je pense qu’il y en a déjà beaucoup autour de nous.

Des personnes qui, dans leur entreprise, leur équipe, leur projet ou leur manière de vivre, expérimentent discrètement autre chose.

Et c’est peut-être aussi une des fonctions d’OpenFlow : les relier.

Créer un endroit où ces personnes peuvent se rencontrer, confronter leurs expériences, s’entraider, apprendre les unes des autres et se donner mutuellement un peu plus de courage pour continuer.

Nous avons hérité d’un monde qui a réalisé des choses extraordinaires.

Il ne s’agit pas de le rejeter.

Il s’agit peut-être maintenant de le compléter.

En y remettant davantage de lien, de sens, de soin, de vivant, de conscience et de joie.

Et lorsque je regarde ce que nous essayons, modestement, de faire vivre dans OpenFlow, je me dis que nous sommes déjà un peu en train d’expérimenter cela.



"Sortir des trois petits singes, un texte à la fois."

Beaucoup de nos décisions nous semblent libres, alors qu'elles répondent surtout à des réflexes, des peurs, des habitudes qu'on n'a jamais vraiment choisis. Cette newsletter part d'une conviction simple : plus on prend conscience de ces conditionnements, plus on peut décider en accord avec ce qu'on veut vraiment — dans son rôle de dirigeant, de manager, d'entrepreneur, ou simplement dans sa vie. Pas de solutions toutes faites ici. Juste une invitation à regarder d'un peu plus près ce qui, en vous, décide parfois à votre place.


Flow Solutions, Olivier Wenin 5 octobre 2026
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